La révision complète : un préliminaire indispensable à une saison sans pépins

Texte et illustrations : Luc Vande Ginste

Les entreprises agricoles consacrent une bonne partie de l’hiver à la révision de leurs machines. Le gros entretien et la remise en état de leur parc de machines leur donne beaucoup de travail. La plupart des entrepreneurs agricoles possèdent dans leur personnel l’un ou l’autre mécano doué qui tire parfaitement leur épingle du jeu. Jusqu’à un certain point. Car l’expérience nous apprend que faire appel à des techniciens d’entretien liés à une marque est la meilleure solution pour avoir des machines parfaitement réglées et ainsi passer la nouvelle saison sans accroc mécanique.


Nous sommes allés rendre visite à Lichtervelde chez Huis Vallaey, le point de vente et de service des récolteuses New Holland pour l’ensemble de la Flandre occidentale et une partie de la Flandre orientale. Hormis les moissonneuses-batteuses, une trentaine d’ensileuses et autant de presses haute densité y rentrent chaque hiver pour subir une révision complète.

Externaliser l’entretien hivernal

Outre la vente et l’entretien de tracteurs, l’entreprise Huis Vallaey est une référence dans toute la région comme concessionnaire de New Holland pour les récolteuses. Son personnel suit des recyclages annuels et a accumulé au fil des ans un savoir-faire qui lui permet de connaître sur le bout des doigts tous les modèles de moissonneuses-batteuses, ensileuses et presses haute densité portant le logo New Holland. Le directeur, Remi Vallaey, est fier de la connaissance spécifique des engins de la marque présente dans son entreprise. Les machines d’autres marques ne sont en principe pas révisées. Si cela doit être le cas, par exemple après une reprise, Vallaey préfère appeler à la rescousse un centre de service spécialisé dans ladite marque. Cela offre la garantie que le travail sera réalisé rapidement et efficacement.

À l’atelier, nous découvrons surtout des ensileuses et presses haute densité qui sont préparées pendant l’hiver à la nouvelle campagne. Outre les machines d’occasion destinées à la revente, on y trouve une majorité de machines d’entreprises agricoles venues pour bénéficier d’une révision complète. « Les moissonneuses-batteuses nécessitent moins d’entretien spécifique, en particulier si elles n’ont pas servi à récolter le maïs, explique Remi. Le client est souvent capable de réaliser lui-même cet entretien, et notre rôle se limite alors à l’aider lors de la révision. »

« Dans la pratique, on révise une ensileuse lors du passage de la campagne du foin à celle du maïs. Pour les presses haute densité, les contrôles nécessaires sont moins systématiques. En fait, beaucoup dépend de l’utilisation qui a été faite de la machine. Plus elle a été utilisée dans des conditions humides, plus l’entretien doit être fréquent. Si l’engin est exclusivement utilisé pour presser de la paille, un bon entretien quotidien (nettoyage complet de la machine à l’air comprimé et contrôle de la lubrification) permet facilement de presser 10.000 balles entre deux entretiens. Ce nombre doit cependant être divisé par deux pour le préfané. Les conditions humides ainsi que la présence de terre et de sable dans l’herbe augmentent en outre fortement l’usure de la presse. En gros, la plupart des presses haute densité qui tournent dans la région ont besoin d’une révision complète par an », conclut Remi.

Externaliser l’entretien, cela paie

Il va sans dire que cette révision minutieuse régulière – assortie des réglages nécessaires – de la machine influence favorablement sa durée de vie ainsi que son coût total de possession. Les entreprises agricoles peuvent certes effectuer elles-mêmes une partie de la révision, mais l’aide d’un concessionnaire de service s’impose dans le cas d’une ensileuse ou d’une presse haute densité. Possédant plus d’expérience, ce qui garantit un entretien beaucoup plus rapide, les techniciens de ce dernier suivent également une formation produit obligatoire chez le constructeur, connaissent tous les points sensibles à l’usure de la machine, sont capables de diagnostiquer les pannes, connaissent les bons réglages et sont à même de recalibrer entièrement l’engin. Autre avantage, la machine est examinée sous toutes les coutures, généralement à partir d’une check-list comme chez Huis Vallaey. Les pièces dont on estime qu’elles ne tiendront plus jusqu’au prochain entretien sont systématiquement remplacées.
Vallaey tient également chaque année une comptabilité des machines qui ont été dépannées au cours de la saison et de celles qui sont rentrées préventivement pour une révision complète. On constate ici que 85% des dépannages sont réalisés sur les machines qui n’ont pas été révisées. Ces pannes sont souvent dues à un entretien quelque peu reporté, ce qui, explique Remi, ne devrait pas se produire. Ces appels entraînent une pression supplémentaire et plus de stress pendant la saison. Au point que l’entreprise songe à pénaliser ces clients en augmentant la facture du dépannage tout en octroyant, à l’inverse, une remise supplémentaire aux clients qui procède à un entretien hivernal. L’envoi de techniciens en cas de panne pendant la saison sera en outre conditionné par l’exécution ou non d’un entretien l’hiver.

Chez Huis Vallaey, le technicien effectue la révision en s’aidant d’une fiche de travail ou d’une check-list. Ces check-lists sont ensuite numérisées avec la liste de pièces remplacées, ce qui permet de connaître l’historique de chaque machine. Les données disponibles deviennent de plus en plus importantes. Et on peut les utiliser directement, par exemple lorsqu’une assurance bris de machine doit être conclue. Une assurance de ce type est conclue à la fin de la période de garantie du constructeur, initialement pour une période de 2 ans. Elle est ensuite prolongeable jusqu’à 5 ans après une évaluation. Si l’utilisateur peut démontrer que sa machine a été régulièrement entretenue, la prolongation de garantie lui sera octroyée plus facilement, au même titre qu’une réduction de la prime. Avant d’intervenir, les experts des assurances réclament désormais très souvent l’historique d’entretien d’une machine pour déterminer si la rupture peut avoir été provoquée par un défaut d’entretien.
Lors de la revente de la machine, pouvoir présenter l’historique constitue en outre un argument supplémentaire pour obtenir un bon prix de vente.

Ensileuses

Les ensileuses arrivent chez Vallaey avec ou sans cueilleur. Bon nombre d’entreprises effectuent elles-mêmes l’entretien de leur bec Kemper. Le travail se limite généralement au remplacement des couteaux et à la vidange de l’huile. Au bout d’un certain nombre d’années, les pointes doivent en outre être ressoudées. Le bec à foin est moins sensible à l’usure et ne nécessite, hormis le remplacement des dents cassées, que peu d’entretien fondamental.

L’entretien complet d’une ensileuse nécessite vite trois jours de travail pour deux techniciens. Ils commencent par lire l’ordinateur et relever les valeurs anormales et les messages d’erreur pour en tenir compte lors de l’entretien. L’ensileuse est ensuite entièrement déshabillée. Après la dépose des carters et la déconnexion des entraînements, l’ensemble du groupe est déposé et démonté. Ce n’est qu’à ce moment que la machine est prête pour un contrôle complet de tous les organes internes. La check-list mentionne tous les éléments de la machine, à savoir groupe, traction, moteur, souffleur-concave-tour, tube, éclateur, hydrostat et électricité, avec tous les points à contrôler pour chaque élément. Le technicien doit indiquer son nom en regard de chaque point révisé. Une liste complétée garantit que l’inspection a été complète et indique qui a procédé au contrôle de quel élément.
Les points d’entraînement classiques sont la vidange de l’huile des carters d’engrenages ainsi que le contrôle et éventuellement le remplacement des roulements. Il faut également procéder au contrôle des pièces d’usure ainsi qu’à leur réglage. Les pièces d’usure sont remplacées si on juge qu’elles ne pourront plus tenir une saison complète. Pour les couteaux à maïs (2 x 16), la règle prévoit 1 mm d’usure par 100 hectares de maïs ensilé. Comme les couteaux sont recouverts d’une couche trempée de 13 mm, ils permettent théoriquement d’ensiler 1.300 hectares. Si vous récoltez 400 hectares par an, un jeu de couteaux à maïs durera donc trois ans environ. L’usure des couteaux à foin, par contre, est beaucoup moins prévisible. Elle dépend dans une large mesure de la quantité de terre et de sable qui se trouve dans l’herbe. Le remplacement des contre-couteaux est effectué une fois par an. Les rouleaux éclateurs de grains et les ailettes du souffleur doivent être remplacés en moyenne tous les trois à cinq ans.
« Tous ces facteurs font que le budget d’entretien annuel varie considérablement, explique Remi. Il est possible que toutes les pièces d’usure doivent être remplacées simultanément au bout d’un certain nombre d’années. La facture des pièces détachées peut alors aller de 3.500 à 15.000 euros. Mais essayer d’en retarder le remplacement n’est pas une solution. Cela ne fait qu’augmenter le risque de bris pendant la saison, se traduit par un travail de moins bonne qualité et une augmentation de la consommation, bref, par un coût d’exploitation total de la machine plus élevé. Pour finir, tous les éléments sont parfaitement synchronisés par un calibrage effectué conformément aux prescriptions du constructeur », conclut Remi.

Presses haute densité

La majorité des presses rentrent chaque année à l’atelier pour l’entretien, qui dure généralement une journée pour deux techniciens. Pour le réglage, la presse est placée sur une unité d’entraînement qui la fait tourner à un régime de 15 à 20 tours/min. Cela permet un contrôle beaucoup plus efficace du bon fonctionnement de tous les éléments, en particulier pour le réglage des noueurs. Sur la presse haute densité aussi, une check-list est utilisée comme fil rouge pendant la révision. Les points de contrôle classiques sont : le bon fonctionnement des embrayages à friction et de l’épaisseur du disque de frein du dispositif d’introduction, les paliers et chaînes, le remplacement des dents et racloirs cassés, l’affûtage des disques, le contrôle du jeu sur tous les éléments, le contrôle du couteau du chariot de presse, le contrôle du système de lubrification et le niveau d’huile des carters d’engrenages. Mais ce sont évidemment les noueurs qui nécessitent le plus de travail. Le contrôle du jeu et de l’usure des éléments des noueurs, le remplacement des composants et le réglage des noueurs sont des opérations qui doivent être confiées à un technicien expérimenté.
Le contrôle se termine par un réglage complet de la presse.
Le coût des pièces de rechange est moins variable que sur une ensileuse. En moyenne, il faut compter entre 1.500 et 5.000 euros. Mais les coûts augmentent évidemment si la révision a été reportée trop longtemps. Et le respect méticuleux de la procédure d’entretien quotidien pendant la saison permet bien entendu de réduire le montant de la facture.

 

Vallaey, une famille spécialisée dans les machines agricoles depuis plus de 120 ans

C’est en 1898 que Henri Vallaey, l’arrière-grand-père du gérant actuel Remi Vallaey, se lance dans l’importation de machines agricoles allemandes à Zonnebeke. Peu de temps après, il commence à construire ses propres machines, notamment des semoirs. Après la Première Guerre mondiale, il s’établit près de la gare de Lichtervelde. La présence de la voie ferrée sur le pas de sa porte facilite évidemment beaucoup l’acheminement et l’expédition des machines.
En 1920, son fils Remi est à l’origine de la collaboration avec les ateliers Werkhuizen Leon Claeys. Le partenariat est d’abord orienté sur l’entretien et le service de batteuses stationnaires. L’entreprise Vallaey grandit progressivement et devient agent en pièces détachées pour la marque Clayson, puis pour Sperry New Holland. Plus tard, Gabriël, le fils de Remi, devient représentant de ces machines pour l’ensemble de la région.
Le directeur actuel, Remi, entre dans l’affaire en 1986. L’entreprise adopte alors la raison sociale de « Huis Vallaey », et devient concessionnaire pour les tracteurs et récolteuses New Holland.
En juillet 2013, l’entreprise prend possession de tout nouveaux bâtiments situés Mortelput, à Lichtervelde, où toutes les activités concernant les tracteurs et récolteuses sont regroupées. L’ancien site de la Weststraat à Lichtervelde est conservé et sert désormais d’atelier de construction des semoirs Herriau, rachetés en 2016 par Vallaey.

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