Par les yeux de… Koen Willekens (ILVO)

Le compost est non seulement une source de matériel organique pour notre sol, mais apporte également des nutriments et contribue à la fertilité des sols. Ces dernières années, on a constaté une attention grandissante pour le compost, entre autres suite aux règles européennes adaptées en termes d’utilisation de fumier et de lisier. Il est temps pour nous de creuser le sujet. Entreprise Agricole a rencontré Dr. Ir. Koen Willekens d’ILVO (Institut de la recherche pour l’agriculture, la pêche et la nourriture) au sujet du processus de compostage et de l’utilisation de composte.

EA : Koen, rafraîchissez-nous la mémoire : qu’est-ce que le compost ?
Koen Willekens : Le compost est un produit dérivé de restes d’origine végétale, parfois combiné à du fumier ou du lisier, transformé en un produit ressemblant à de la terre suite à un processus biologique. Les critères de qualité du compost sont comparables avec celles pour le sol, mais le compost est d’autant plus riche en matière organique, en microbiologie mais aussi en nutriments. Il est tout à fait possible de semer et de planter dans du compost fini et mûri. Il s’agit du produit de fertilisation le plus proche de terre cultivable.

EA : Il ne s’agit donc pas d’un tas de restes de légumes ?
KW : Pour arriver à un bon produit, il faut partir d’une bonne composition d’un côté, et de l’autre, un bon déroulement du processus est important. Une bonne composition est basée sur le rapport juste entre des matériaux “verts” et “bruns”. Les matériaux “verts” sont humides, riches en nutriments, alors que les matériaux “bruns” sont plus riches en carbone, plus secs et apportent de la structure. Lorsque ces matériaux sont mélangés dans les bonnes proportions, c.à.d. environ 60 % en volume de matériaux “bruns” par rapport à 40% en volume de matériaux “verts”, on arrive à un bon processus. Dans ce processus, le bon dosage d’oxygène est crucial pour une bonne activité microbienne afin d’éviter la digestion et la conversion. De plus, il est important que le processus soit continu. Il est donc important qu’il y ait suffisamment d’oxygène et d’humidité et que ces taux soient maintenus.

EA : L’apport d’oxygène, un élément crucial dans le processus de compostage ?
KW : En effet. Le compostage est un processus aérobie, un processus de vie comme pour une plante ou un animal. Cela dépend de la respiration (absorption d’O2 et élimination de CO2) suite à l’activité microbienne des bactéries et des champignons.

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EA : Quelle est la différence avec les processus sans oxygène, dits anaérobies ?
KW : Lorsqu’on travaille dans des conditions pauvres en oxygène, on parle de fermentation. C’est un processus totalement différent qui ne se réalise pas avec les mêmes proportions de matériaux verts et bruns que pour du compost. En effet, dans ce cas ci, on utilise plus de matériaux “verts” humides qui se décomposent facilement. La fermentation permet une production de deux résidus. D’une part du méthane, que l’on nomme biogaz, et d’une autre, le digestat. Par la suite ce dernier peut  être intégré dans un processus de compostage. Avec un processus de fermentation (en cas d’ensilage) on obtient une forme de conservation, et le produit se prête à la fertilisation.

EA : On peut répartir le compost en 2 catégories, le compost ménager et le compost vert ?
KW : Ce sont en effet les deux catégories les plus connues, mais la loi prévoit une troisième catégorie sur base des types de matériaux utilisés : le compost issu de déchets organiques d’entreprise. Il s’agit de compost à base de restes d’entreprise. Du compost préparé à l’entreprise de travaux agricole à partir des restes de l’entreprise et utilisé sur les propres parcelles est du compost fermier.

EA : Quels sont les avantages connus et moins connus de l’utilisation de compost au champ ?
KW : L’avantage le plus connu est l’apport de matière organique. Cette matière est assez stable, surtout provenant de compost mûri. Ainsi, le compost est une forme de fertilisation permettant d’augmenter le taux de matière organique dans le sol le plus rapidement, sans effets négatifs. Nous nous sommes penchés sur d’autres facteurs également et avons découvert que le composte, quel que soit le dosage, fait office de tampon par rapport au pH du sol et donc prévient une acidification du sol. De plus, le compost a une influence positive sur la vie dans le sol, comme les champignons utiles et les nématodes.

EA : Le type de compost utilisé est-il important ?
KW : Il faudrait qu’il y ait plus d’études à ce sujet, mais en ce qui concerne l’apport ou le maintien de matière organique dans le sol, le compost vert est probablement meilleur que le compost ménager. Tout dépend bien sûr du dosage lors de l’utilisation et également du taux de matière organique du compost en lui-même.

EA : Le compost joue-t-il un rôle dans l’apport ou le maintien de nutriments dans le sol ?
KW : Le compost est très riche en nutriments, maintenus soit dans la matière organique, soit sur un complexe d’absorption. Il n’y a pas vraiment de maintien d’autres nutriments, puisque le compost même en est déjà rempli. Le seul maintien que je vois est celui d’azote minéral lors de l’administration de compost non mûr.  Une chose que je déconseille d’ailleurs lors du semis car la plante a un besoin en azote important.Le compost mûr produit de l’azote mais lentement.

EA : Y’a-t-il des chiffres concernant le taux de nutriments dans le compost ?
KW : On effectue des analyses et celles-ci donnent des chiffres pour les différents types de compost que l’on publie. Toutefois, il y a de fortes variations selon le matériau de départ. L’apport de nutriments est important, mais à côté de cela, l’apport de matière organique à la vie du sol est également important lors de l’utilisation de compose. Il faut bien évidemment penser à toutes ces choses lors de l’utilisation de compost.

EA : En ce qui concerne le côté mécanique de l’affaire, y’a-t-il des directives concernant la réduction des produits de départ ?
EA : Pour un processus intensif, il faut toujours un peu de matériel donnant de la structure. Le tas ne doit pas être rendu entièrement homogène et les produits dans le tas ne peuvent pas trop être réduits non plus. Pour le bois, un broyeur normal donne des petits blocs qui se consument plus lentement. Chez les broyeurs qui défibrent, le bois est traité plus rapidement dans le processus. Grâce au défibrage, le bois est également plus accessible aux moisissures. De plus, la durée de compostage est fortement réduite pour du bois défibré.
Le temps nécessaire pour arriver à un compost fini peut donc être dirigé. Ceci peut être utile selon le type d’entreprise et la place disponible. Dans une installation de compostage, un temps de processus rapide est souhaitable alors que lors du compostage au niveau de l’entreprise, il y la possibilité de plus de place et de temps.
Ainsi, on peut, par exemple, réaliser un compost dont la teneur en nutriments est faible, à partir de bois. Bois, qui même défibré, produira un compost pauvre en phosphore mais idéal pour améliorer le sol grâce à son taux élevé de matière organique.  Ce type de compost est également intéressant car il est pauvre en phosphate ce qui permet de ne pas être confronté à cette problématique.

EA : Pour un bon compostage, il faut aussi de l’oxygène. Y’a-t-il des directives dans ce sens-là ?
KW : La directive la plus simple est qu’il doit y avoir suffisamment d’échange de gaz. Ceci signifie que le CO2 généré au cours du processus doit pouvoir échapper et qu’il faut suffisamment d’apport d’oxygène. Concrètement, cela veut dire que lorsqu’on mesure 16% de CO2 dans le tas, il est temps de retourner celui-ci. En plus de la mesure du CO2, la mesure de la température est également un bon indicateur. Initialement, les températures connaîtront une forte montée, mais plus de 65° n’est pas souhaitable. Cette homogénéisation du tas peut se faire grâce à des machines spécifiques (des retourneurs de compost) ou plus simplement grâce à une grue ou un chargeur sur pneus et éventuellement un épandeur de fumier.Voilà une diversification possible pour des entreprises agricoles car ce sont des machines trop couteuses pour une utilisation individuelle. Lors de cette opération, il est important de bien mélanger le tas afin de l’homogénéiser. L’administration de liquide peut s’envisager lors de cette étape.

EA : Quand est-ce que le compost est mûr ? Comment pouvons-nous voir cela ?
EA : Le premier signe est la diminution de la température . En effet, lors du compostage, l’activité microbienne induit une augmentation importe. Ainsi lorsque cette activité diminue, la température baisse. Le compost mûr a une structure grumeleuse proche de la terre. Dès lors, il est impossible de reconnaitre les matériaux qui en sont à l’origine.

EA : Quel est le moment idéal pour l’administration de compost ?
EA : En cas de compost bien mûr, le moment d’administration n’est pas important. Le compost est un moyen de fertilisation qui n’est ni soumis à l’évaporation ni au lessivage car les nutriments sont liés. Les pertes après l’application sont donc très faibles.Lorsque le compost est utilisé pour augmenter la teneur en nutriments de manière importe, il faut le faire avant l’implantation de la culture. Mais s’il s’agit d’une fumure d’entretien, le moment d’application n’a pas autant d’importance.